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12 raisons de choisir le noir et blanc

Le noir et blanc numérique a ouvert toute une nouvelle gamme d’imagerie que tout un chacun peut utiliser, et il est au moins en partie responsable d’un nouveau regain d’intérêt envers cette forme la plus traditionnelle de la photographie. Il est peu surprenant qu’avec tout ce choix (non seulement les nombreuses manières différentes dont l’on peut transformer une image couleur en une monochrome, mais de le faire pour commencer), il y ait un besoin encore plus pressant d’avoir vos propres bonnes raisons créatrices.

Il est ironique que pendant plus d’un siècle la plupart des photographes aient voulu la couleur mais aient du travailler en noir et blanc, et que lorsque la couleur est devenue une réalité simple, sous la forme de Kodachrome et d’autres films, celle-ci ait été rejetée par tout un mouvement, principalement dans le monde artistique des années 1970, pour être trop jolie. Récemment, il y a eu un regain d’intérêt pour le noir et blanc au sein des photographes qui ont grandi avec la couleur numérique. Le noir et blanc est à présent plus que jamais à la mode.

Le numérique peut avoir rendu tout cela facile, mais l’attrait du noir et blanc est plus profond. A la base, le noir et blanc possède l’avantage attirant de faire un pas en dehors de la réalité. Cela peut constituer un avantage important si vous cherchez à créer une image signature. Quelles que soient la puissance et la sensibilité de la couleur sur une photo, la couleur apporte l’effet de présence réelle dans la scène. La couleur est par définition réaliste, mais si vous voulez une expression créatrice, le réalisme n’est pas toujours un moyen idéal. Si vous souhaitez modifier la réalité, être un peu différent ou étrange mais rester tout de même en couleurs, vous devez faire quelque chose de drastique, comme appliquer un filtre Instagram, ce qui n’est pas très créatif vu qu’un million d’autres personnes l’utilisent probablement aussi.

C’est là qu’intervient le noir et blanc, parce que cet effet ne semble pas totalement réaliste pour commencer. De plus, vous avez un choix pratiquement infini sur le degré d’assombrissement ou d’éclairage en lequel chaque couleur individuelle sera transposé sur l’échelle des grisés. Dans Lightroom, Photoshop ou tout autre logiciel de traitement d’images, vous pouvez choisir de donner n’importe quelle teinte à une couleur entre le noir et le blanc, comme le montrent ces images de feuilles de Victoria amazonica des jardins botaniques de l’île Maurice :


Victoria Regia, Pamplemousses Botanical Gardens, Île Maurice

La conversion en noir et blanc est l’une des principales contributions du numérique à la photographie. Comme pratiquement tous les capteurs enregistrent trois canaux de couleurs, le logiciel peut utiliser ces informations pour choisir exactement quel ton de gris doit prendre une couleur, dans la plupart des cas complètement du noir au blanc. Il s’agit non seulement d’un outil puissant mais vous pouvez choisir de l’appliquer à tout moment, longtemps après la prise de vue. Cela apporte un type de choix vraiment nouveau. Avec la pellicule vous deviez choisir la couleur ou le noir et blanc au moment de charger l’appareil, et de nombreux photographes choisissaient une voie ou l’autre par préférence. Cela signifiait que si vous photographiez en noir et blanc, vous étiez déjà en train de composer des images sans leur couleur naturelle. Il existe de nos jours une totale liberté de choix, vous n’avez pas à vous engager au moment de photographier, et vous pouvez revisiter les images plus tard pour les transformer en photos très différentes de leur point de départ.

Les avantages sont évidents, mais cette liberté porte avec elle un aspect moins utile, l’encouragement de réfléchir moins et de jouer plus. Je souhaite proposer ici une manière plus structurée de réfléchir, dans laquelle vous transformez en noir et blanc pour de bonnes raisons et non pas juste pour essayer. Utiliser le noir et blanc demande en effet une compréhension de ce qu’il apporte de plus que la photographie en couleurs. Les valeurs visuelles essentielles du noir et blanc sont que celui-ci met l’emphase sur les lignes, les formes et les textures et qu’il ouvre à une vaste interprétation de l’échelle des tons, depuis des noirs denses et des blancs durs jusqu’à de longues gammes subtiles de gris. Certaines scènes et sujets ont plus de potentiel que d’autres pour cela, et certains ont simplement des problèmes de couleurs que le noir et blanc peuvent résoudre. Voici ci-dessous une liste de 12 bonnes raisons pour transformer en noir et blanc.

  1. Théâtralité

Le noir et blanc se prête à un traitement théâtral lors de la post-production, plus facilement que ne le fait la couleur, pour deux raisons. La première est que les options pour le mélange de canaux (ce que l’on vous propose lors de la réalisation d’une conversion) vous permettent d’assombrir ou d’éclaircir toute couleur. Cela peut signifier, comme sur l’exemple ici, de transformer un ciel bleu en noir. La deuxième raison est plus basique : comme le noir et blanc est par nature moins réaliste que la couleur, il est simplement plus acceptable d’aller dans les extrêmes, noirs extrêmes, blancs extrêmes, comme vous pouvez le voir ci-dessous…

  1. Valeurs de tons – noirs riches


Porte Est, vieille ville de Dali, Yunnan, Chine

Le noir et blanc se prête à un traitement de contrastes élevés beaucoup plus que la couleur car on ne s’attend pas à ce qu’il soit une version fidèle et réaliste des choses. De plus, augmenter le contraste est bonne façon de mettre l’emphase sur la structure. Comme ici pour une porte de tour dans la ville chinoise de Dali, où des noirs intenses apportent une simplicité graphique. On met alors l’emphase sur la structure triangulaire répétée, qui est la clé de cette photo.

  1. Valeurs de tons – longue gamme de gris


Locj Corusik, Île de Skye, Hébrides, Écosse

Une approche de style opposé est de se concentrer sur la gamme moyenne, d’une façon qui copie certaines méthodes d’impression telle que le platine et le palladium. Supprimer les couleurs simplifie à la base

l’échelle tonale et permet une concentration plus claire et plus pure sur les subtilités de transition entre les tons de gris. L’idée, comme sur l’image présente, est d’étendre les tons moyens. Cela aide l’effet de NE PAS fermer à la fois les points noirs et blancs et de garder bas le contraste général. Cela force visuellement plus l’attention sur les subtilités des tons moyens.

  1. Surexposition


L’Altausseer See, Salzkammergut, Autriche

Deux extrêmes de style d’éclairage sont la surexposition lumineuse et brillante, et sa cousine plus sombre et ombrageuse, la sous-exposition, qui fonctionnent toutes deux particulièrement bien en noir et blanc.

Comme je l’explique ci-dessus, cela est aidé par la capacité du noir et blanc à accepter un traitement plus extrême tout en gardant belle apparence. La surexposition, un terme qui provient des débuts du cinéma, signifie l’équilibrage du taux d’éclairage pour qu’il n’y ait pas d’ombres accentuées. De nos jours, cela signifie essentiellement un traitement brillant en général. Cela ne veut pas dire trop exposé, et pour que la surexposition fonctionne bien, il faut qu’il y ait de petits éléments plus sombres. En d’autres mots, tandis que le contraste sur la majeure partie de l’image est très bas, lorsque vous incluez les petites parties plus sombres, on trouve en fait une gamme complète de contrastes. Le sujet principal, comme sur l’exemple suivant, peut être très petit et sombre. Finalement, un traitement de surexposition dépend d’une grande zone ayant beaucoup de blancs, et au contraste élevé. Élever la luminosité et le contraste met l’emphase sur les zones sombres restantes, même si elles sont petites.

  1. Sous-exposition

La sous-exposition, qui était au cinéma la technique d’éclairage de base du film noir, est l’opposée de la surexposition d’un côté (c’est en général sombre), mais repose à la fois sur un taux de contraste très élevé et un éclairage incomplet sur le sujet principal. Le rétro éclairage est particulièrement typique d’un cliché sous-exposé, comme sur l’exemple suivant. Le lieu est un intérieur sombre, avec un faible éclairage latéral révélant juste assez le sujet pour le rendre évident, et un arrière-plan pouvant facilement devenir noir. Et qui devrait probablement devenir noir afin de conserver l’attention sur la texture de la peau.

  1. Lignes et formes


Église et barrière à Stykkisholmur, un port de pêche et terminal de ferries sur la côte Nord de la péninsule de Snaefellsnes en Islande

Les qualités principales d’une image sont les formes des sujets, et ceci dépend énormément des grandes lignes. Enlever les couleurs projette plus l’attention sur cet aspect, qui dépend beaucoup du contraste des bords, et c’est pourquoi une image noir et blanc fortement traitée, ayant un contraste clair, comme la photo de cette église et de cette barrière en Islande, révèle si bien les lignes et les formes.

  1. Formes et modelage


Mémorial à la princesse Charlotte, chapelle de St George, château de Windsor, Angleterre.

L’autre qualité classique et de base d’une photo est la forme, ce qui veut dire la rondeur et le volume d’un sujet. L’éclairage joue un rôle énorme en cela, et comme pour les lignes et les formes ci-dessus, lorsque le modelage est la qualité la plus importante que vous recherchez, le noir et blanc concentre plus que la couleur l’attention du spectateur. Eliot Porter, photographe américain paysagiste et naturaliste, qui a commencé avec le noir et blanc mais a construit sa réputation avec la couleur, s’est montré sans ambiguïtés lorsqu’il a écrit ceci : “Lorsqu’on photographie des sujets tels que des rochers, l’approche est totalement différente parce qu’avec le noir et blanc vous voyez beaucoup plus les formes qu’avec la couleur.”

  1. Texture


Al Thumamah, près de Riyadh, Arabie Saoudite

La texture, c’est la structure et la forme à petite échelle, dans les détails. C’est la qualité d’une surface, très tactile et qui dépend bien sûr de la matière présente, qu’elle soit rugueuse ou lisse. L’exemple présent, une vue rapprochée au grand angle d’une zone désertique d’Arabie Saoudite, est un exemple parfait de texture, reposant sur l’utilisation de la lumière du soleil bas afin de révéler les détails de boue. Le noir et blanc transmet mieux cela que la couleur, comme vous pouvez le voir, et non pas uniquement à cause du contraste plus élevé, qui aurait paru exagéré si on l’avait appliqué au cliché en couleurs.

  1. Couleurs insipides


Monastère de Dongzhulin, Benzilan,Yunnan

Il existe un type de raison totalement différent pour la conversion en noir et blanc, et je l’appelle « correctif ». C’est à la base lorsque la situation dans laquelle vous photographiez ne vous satisfait pas, pour une raison ou une autre. Le plus souvent cela à un rapport avec la couleur ou la lumière, ou les deux. Dans ces cas-là, le noir et blanc effectue un travail de résolution de problème. Une situation de correction de la couleur se présente lorsque les couleurs sont insipides, comme sur la vue d’un méandre en fer à cheval sur le fleuve Yangtse, dans un paysage très dénudé. Le noir et blanc a évité cela, et a permis un cliché fortement texturé en le traitant avec un contraste élevé.

  1. Couleurs perturbantes

Un autre problème de couleurs commun est lorsque l’une d’entre elles, ou plusieurs, distraient l’attention de ce que vous voulez que le spectateur voit. Cet exemple peut ne pas paraître drastique, mais les zones de couleur sur le kimono de cette japonaise, détournaient selon moi l’attention des actions et des expressions dans une série d’images que je prenais lors d’une cérémonie du thé. Le noir et blanc a résolu à nouveau le problème.


Des amis rassemblés pour une cérémonie du thé au Centre social des personnes âgées du district de Taito, à Inaricho, Taito, Tokyo
  1. Lumière dure

Caravane de yaks chargés de sacs de farine à Manigange, au Sichuan, en Chine, se préparant à partir vers Dege.
On ne peut séparer rapidement et facilement les couleurs ‘non-attirantes’ et un ‘éclairage non-attirant’, et dans ce cas il s’agit beaucoup d’une question de goût. Même s’il est vrai que la plupart des photographes utilisent les effets ayant fait leurs preuves de, par exemple, l’heure dorée, lorsque le soleil se couche, il est aussi acceptable d’aller à contre-courant et de travailler, disons, avec la lumière dure de la mi-journée. C’est le choix de chacun. Si ce type d’éclairage n’est toutefois pas à votre goût, le noir et blanc est une solution très utile. Même s’il n’est pas immune à l’heure de la journée, le monochrome en dépend beaucoup moins que la photographie en couleurs. Et, comme nous l’avons vu, le noir et blanc prospère en fait sur les forts contrastes. Comme le dit Henri Cartier-Bresson, “la photographie en noir et blanc rend les choses abstraites et j’aime ça”. Dans ce cas, l’éclairage dur a été accentué par l’emplacement en haute altitude, près du Tibet, mais il n’y avait pas d’autre choix que de photographier puisque cette caravane de yaks était en préparatifs au milieu de la journée. Les couleurs n’étaient pas non plus très attirantes. La conversion en noir et blanc a sauvé la situation, et m’a aussi permis de mettre l’accent sur le visage de l’homme, sombre et érodé par les éléments.

  1. Unité des séries


Groupe de chevaux le long du canal, Heshun, près de Tengchong, Yunnan, Chine 

Pour terminer, si vous présentez une série de photos sur un thème particulier, vous pouvez avoir la sensation que même si les photos en couleurs sont bonnes individuellement, elles ne s’adaptent pas forcément bien ensemble lorsqu’elles sont présentées côte à côte sur une page ou sur un diaporama. Pour une série d’images, le noir et blanc peut apporter un effet d’unité alors que la couleur peut séparer les images à cause des différentes palettes. Pour cette séquence sur les caravanes de chevaux en Chine, j’ai choisi de les unifier avec le noir et blanc.

Michael FreemanAutres articles de l'auteur

In a 40 year career, internationally renowned photographer and author Michael Freeman has focused on documentary travel reportage, and has been published in all major publications worldwide, including Time-Life, GEO and a 30-year relationship with the Smithsonian magazine. He is also the world’s top author of photography books, drawing on his long experience.
In total, he has published 133 books, with 4 million copies sold, including 66 on the craft of photography, published in 27 languages. With an MA in Geography from Oxford University, Freeman went first into advertising before launching his career in editorial photography with a journey up the Amazon.